Quatre crises d'Afrique attirent l'attention en ce début de 2008. Elles représentent « l'Afrique qui pleure ». Il n'y a pas que cette Afrique, et nous reviendrons plus tard sur « l'Afrique qui rit ». KENYA: ethnique ou pas? Le 1er janvier, un massacre par le feu dans une église d'Eldoret, à 300 km de la capitale, Nairobi, a représenté le point culminant des horreurs qui ont suivi la fraude électorale liée au scrutin du 27 décembre. Devant cet épisode, on a immédiatement évoqué le Rwanda. Mais c'est un parallèle trompeur. Il est vrai que l'ethnie kikuyu du président Kibaki a été la cible de certaines émeutes. Mais le Kenya n'est pas un pays coupé en deux sur un clivage ethnique, comme le Rwanda l'était en 1994. Le Kenya a une quarantaine d'ethnies. Aucune ne fait plus de 22 % de la population (la première étant justement l'ethnie kikuyu). Historiquement, ce pays africain n'a pas été aussi marqué que d'autres par l'obsession tribale ou ethnique. D'autres explications existent: l'opposition entre l'élite corrompue (multiethnique) et la majorité pauvre (multiethnique); entre les partisans de Kibaki et les partisans de Raila Odinga. Il y a aussi ceux pour qui le Kenya est un pays de jeunes qui étouffent sous le règne des vieux caciques ossifiés, et qui réclament désespérément de l'air. DARFOUR: l'ONU en retard Le 1er janvier devait marquer l'installation, au Darfour, de la plus grande mission de casques bleus de l'histoire de l'ONU: 26 000 soldats. Mais on est encore loin du compte: à la mi-janvier, on en comptait huit ou neuf mille. Beaucoup d'empêchements, de délais, d'obstacles matériels et de difficultés politiques. Manifestement, le gouvernement du Soudan met des bâtons dans les roues des Nations unies. Il y a une semaine, des forces armées soudanaises ont même tiré sur un convoi de l'ONU. Il y a ces États qui traînent les pieds, tout en répétant hypocritement qu'« il faut aider le Darfour ». Mais il y a aussi ceux qui, après avoir répondu « présents », se sont fait repousser par les autorités locales: c'est ce qui est arrivé au détachement des pays nordiques (Suède et Norvège) qui avaient promis 350 hommes. Et puis il y a l'équipement: on a vu cette histoire d'hélicoptères introuvables. L'ONU réclame 24 hélicoptères, et les attend toujours! Une pénurie incroyable, lorsqu'on sait que des pays comme la France ou les États-Unis produisent des milliers d'hélicoptères par année. En matière d'accès à l'équipement, le Darfour fait difficilement concurrence à l'Irak ou à l'Afghanistan. SOMALIE: le jeu des voisins La Somalie est un cas instructif, parce que la guerre épouvantable qui s'y déroule, derrière un silence médiatique, n'a rien à voir avec un clivage ethnique intérieur. La Somalie est un pays monoethnique à 90 %. Pourtant, des clans s'entre-déchirent jusqu'à vider la capitale Mogadiscio de la moitié de ses habitants. Pour décrypter cette guerre, il faudrait décoder la myriade de rivalités locales qui s'y déploient. Mais il faut aussi regarder du côté des pays voisins: Éthiopie et Érythrée. Et au-delà, comprendre le jeu d'acteurs comme Al-Qaïda ou les États-Unis. Pour résumer: les fameux « tribunaux islamistes », qui avaient brièvement contrôlé la capitale en 2006, recevaient l'appui de l'Érythrée voisine (étiquetée « islamiste »). On a prétendu que les réseaux islamistes internationaux étaient également dans le coup. En face, l'Éthiopie (étiquetée « pays chrétien »), appuyée par les États-Unis, a réinstallé en décembre 2006 un gouvernement « légitimiste ». Depuis, les islamistes restent aux portes de la capitale. Le pouvoir proéthiopien fait un nettoyage systématique des zones contrôlées par l'ennemi. Et comme d'habitude, les civils trinquent. KIVU: retour aux années 90 En République du Congo, les massacres, viols et déplacements de population se poursuivent au Sud et au Nord-Kivu, deux provinces adjacentes à l'Ouganda et au Rwanda. Au Kivu, c'est un peu la guerre des années 90 – marquée par le génocide rwandais – qui se poursuit aujourd'hui. Avec un chef de guerre tutsi, Laurent Nkunda, en révolte contre le pouvoir central du président Joseph Kabila et qui fait régner la terreur dans la région. Le 15 janvier, Kabila s'est rendu à Goma pour une « conférence de paix » censée pacifier le Kivu. Peu de gens y croient, et le président a refusé une rencontre avec Nkunda. Selon le chef de la mission de l'ONU sur place, « la violence au Kivu n'a pas cessé, alors que le reste du Congo bénéficie du retour de la paix et du début d'un énorme travail de reconstruction ».
http://www.radio-canada.ca/nouvelles/carnets/2008/01/16/96034.shtml |